À ces pères et ces enfants… À ce goût amer.

26 Mai

Fatigué. Une fois de plus. Ce mois encore, il ne verra pas son enfant. Il a fait des kilomètres, il a roulé pendant des heures. Arrivé, il n’a pu que constater l’absence. Et après avoir échangé avec des professionnels intermédiaires, compréhensifs mais impuissants, il est reparti, la rage au ventre. Impuissant. Combien sont-ils dans ce cas?

Elle court, la vie...

Des enfants jouent lors d’une fête de quartier. CREDIT PHOTO/VIRGINIE DE GOUVEIA

La cause des pères bienveillants baladés par la justice, privés bien trop souvent de leur enfant, ne fait pas de bruit. Le manque de moyens, toujours plus criant, conférés à la justice ne fera qu’empirer les choses.
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Un peu de ce qu’est le Portugal

7 Juil

P1100853Ce n’est que du foot. Et c’est pas devenu joli joli côté fric et corruption, côté cerveau aussi parfois. Dans la démesure, souvent. Comme dans les scènes de liesse qui suivent les buts… Ces phénomènes si attendus, souvent frôlés, ratés, qui consistent à faire rentrer un ballon dans une cage de filets. On a l’air un peu con, et désolé, devant notre fils de 21 mois à regarder ça, à la télé. Lui qui ne la voit jamais allumée, il nous voit nous rassembler avec d’autres, de tous pays, devant une émission sportive autour de ce qui, pour lui, n’est qu’un jouet.
Le foot, ça reste un sport qui fédère dans le monde entier. Pas d’not’faute, s’ils l’ont sali, ceux qui sont en haut des escaliers.
Le Portugal, pas brillant jusque-là, a franchi les étapes, en ne volant rien à personne. Les règles de l’Euro lui ont été favorables. Soit. Aujourd’hui, les Portugais que vous croiserez seront fiers. Ils auraient d’autres raisons de l’être, mais c’est comme ça, le foot, ce jeu de jambes, ces petits ponts, et ses buts, cet opium qui fait boire de la bière, c’est leur truc. Et ce drapeau, une seconde peau. Alors, j’invite tous ces Portugais, et ceux qui les soutiennent, à ne pas baisser la tête devant les remarques cons. Ça fleurit de partout.

Ce n’est que du foot. Que du foot. Mais ce peuple derrière cette équipe, baisse bien trop souvent la tête, alors pas une fois de plus. On va pas s’excuser. Pas cette fois alors qu’on dépasse les espérances. Un peuple où les ingénieurs gagnent 800 euros, et où des vieillards servent en terrasse des cafés aux touristes. Où celui qui sort d’un cancer à 63 ans reprend le travail un mois et demi après l’opération, parce qu' »il n’avait pas le choix ». Et il en pleure pas. Il parle de ses petits-enfants dont il est fou, et de ses fils qu’il aime par-dessus tout. Il parle de sa honte d’être devenu tout maigre, squelettique, et de l’estime qu’il doit regagner. Lire la suite

« Si on reste, c’est grâce aux collègues. C’est peut-être pour ça que j’ai craqué… Le lien social, ils voulaient le casser.»

26 Avr Un ouvrier au travail. Crédit photos : Virginie De Gouveia

 C’était un soir d’avril quelque part en France, au milieu à gauche. Deux salariés, deux copains, parlaient de leurs conditions de travail. L’un d’eux est en arrêt pour dépression. J’ai écouté. Mon stylo s’est mis à leur courir après, longtemps. Même pas le temps de souffler un coup. De ces regards croisés, et éclairés, on a essayé de tout prendre, tellement c’était réfléchi, pertinent, clairvoyant, et beau, finalement, toute cette pensée, vivante, debout. 

Jusqu’au matin du 15 décembre 2015, il travaillait en tant que chargé de clientèle dans une entreprise, prestataire de services d’un grand groupe. Mais ce matin-là, il n’a pas eu envie d’aller au boulot. Et pis soudain, un éclair : il s’est mis à chercher sur internet les symptômes de la dépression. Il en avait les trois quarts. Son médecin le met en arrêt longue maladie. Quinze jours après, son mal de dos qu’il traîne depuis six mois, disparaît. Lire la suite

Dans l’ordre : maman, traductrice, et femme.

8 Mar

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Oscar, mon petit garçon, portait des coussins ronds. On était à la bibliothèque. Entre les murs de livres, il allait et venait à toute allure, du haut de ses 17 mois, un large sourire accroché à ses joues. Le petite fille assise sur une grande chaise rouge le regardait passer. Elle avait des yeux ronds tout bleus. Elle ressemblait aux petites filles des livres d’histoires pour enfants. Un grand tee-shirt avec un coeur rose brodé. Sa maman était juste derrière l’étagère à chercher des livres. Elle revenait pour voir si tout allait bien. Elle était anglaise. Elle l’a cherchée. J’ai pas osé parler en anglais. J’ai montré avec mon doigt, et un sourire, c’est important le sourire. Elle a d’ailleurs souri, et est repartie derrière. Je me suis dit qu’elle avait sûrement pas envie d’échanger, surtout à quelqu’un qui lui montre où est sa fille en pointant (timidement) du doigt. J’ai pris ma respiration, et je me suis lancée, hop une phrase en anglais que tout le monde pouvait entendre. Surtout l’intéressée. Elle s’appelle Jenny. Sa fille, Tamara. Elle a 19 mois. Elle en a une autre, un peu plus grande.

On a parlé de nos vies respectives. Elle vit ici depuis septembre, elle a suivi son mari, écossais, qui est étudiant jusqu’à cet été. Lire la suite

Denis, en quête de « l’idée »

3 Mar

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J’ai croisé Denis à un salon pour créateurs d’entreprise. Je l’ai d’abord regardé, s’agglutiner à chaque groupe de personnes. Comme s’il avait viscéralement besoin du groupe pour exister, échanger. Il pose beaucoup de questions, il écoute et il parle. Il dit les choses franchement. Dans une file d’attente, je l’ai entendu demander à une fumeuse d’éteindre sa cigarette. Et elle l’a fait. Denis a 46 ans. Il vient de Berlin. Il raconte qu’il a vécu à 150 mètres du mur. Depuis 2007, il vit en France. « Définitivement, depuis 2009, » précise-t-il. « Avant, j’étais sur la route ». Ce qui l’a attelé au pays, c’est sa fille, son « coeur ». « Si j’avais su que c’était aussi bien d’avoir des enfants, j’en aurais fait trente! Mais je savais pas… Même quand elle fait des bêtises, c’est bien… » Son regard part ailleurs, touché, et touchant.

Il enseigne l’allemand à des BTS Tourisme, un temps partiel. Il cherche autre chose. Il cherche « l’idée »pour enfin pouvoir se lancer. En Allemagne, il était architecte-paysagiste. Ça, c’est fini. Il restera ici à présent. La raison doit aujourd’hui avoir environ 12 ans, et doit se douter de cet amour si grand.

Au fur et à mesure de la journée, il se souvient que ses camarades de l’Université technique de Berlin lui lançait « Si tu n’arrives pas à être architecte-paysagiste, tu pourras toujours devenir cuisinier! » Il lui arrivait alors de faire à manger pour 25 personnes. Le souvenir le fait sourire. L’idée est peut-être là… « Mais pas tout seul! Avec deux ou trois personnes… »

Berlin lui manque. « Ça fait cinq ans que j’ai pas eu une conversation comme ça, aussi proche, aussi vivante, aussi ouverte. À Berlin, c’était presque toujours comme ça.  Ici, si tu fais deux fautes de français, ils ont pas la patience pour écouter la troisième. Pas la patience, ni l’expérience du monde, des autres cultures… Dès la crèche, ils se font des cercles d’amis, et ils n’en changent pas! » Et pour l’avenir, optimiste? « Pas pour le monde… Chaque jour, une mauvaise nouvelle. » L’allemand iranien et français, lâche « le Moyen-Orient », mais n’en dira rien, son regard désolé suffit.  Et pour vous, optimiste?  « Oh oui, toujours optimiste. Ma fille et moi on s’adore, c’est mon espérance pour la vie ».

Virginie De Gouveia

Clara, et son rêve de food truck

2 Mar

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Quand je l’ai rencontrée, elle faisait la queue devant un camion « food truck ». Il pleuvait beaucoup. Elle avait un parapluie. Et un bonnet. Et un grand sourire. Je l’ai entendue évoquer son projet de restauration mobile. Quelqu’un a demandé des frites au cuisinier du camion. Y en a pas. Quelques minutes plus tard, en dégustant mes nouilles sautées à la sauce soja-miel blotties au fond de ma boîte en carton, je lui demande des infos sur ce projet. (Aujourd’hui, on est d’ailleurs tous là pour parler de nos idées, et trouver un moyen d’être accompagné. C’est le forum « Créer et développer son entreprise »à Tassin.) Alors elle me raconte qu’avec son copain Christian, elle a acheté un camion des années 70, très vintage, à l’aut’bout de la France (Merci le Bon Coin!), et qu’avec lui, ils vont se lancer dans cette aventure du food truck pour proposer des burgers-frites à base de produits locaux, dans la région lyonnaise. « En mai! »me lance-t-elle, fière et (presque) prête!

Elle travaillait dans le marketing et la communication avant. À Paris. Des expériences professionnelles, pas franchement satisfaisantes, avec aussi des cons au boulot, mais elle ne s’attarde pas sur le sujet. Elle va à l’essentiel. Elle a une idée. Hop, elle lui donne vie! Elle a déjà été créatrice de bijoux, dénicheuse de cadeaux… Et elle n’a que 28 ans. Elle a vécu à Barcelone, elle a adoré, et à Brighton aussi, en Angleterre. Dans chacune de ces villes, la force du « vivre dehors ». Ça revient dans ses mots, ses éclats
rêveurs. Et la folie des Anglais, leur audace… Ses yeux brillent, rien qu’à y repenser. Faut dire qu’elle et son copain, en sont revenus il y a peu. Mais on sent que ça y est pour beaucoup. Dans son food truck, il y aura d’ailleurs beaucoup d’Angleterre. Le fameux camion, en train d’être retapé, porte le nom du quartier où ils ont vécu, « KEMPTOWN ». Un transporteur va le ramener du Finistère jusqu’à eux, à Lyon. Ça la fait marrer. Les burgers porteront les noms des rues qui les ont marqués. Et les pâtisseries « made in Lyon » seront néanmoins anglaises (mmh… Le carrot cake…) Pour tout ce qu’elle fait aujourd’hui, ses compétences lui servent à fond. Elle a l’air heureuse. Ils sont sur le point de réaliser ce projet pour lequel ils vont lancer une campagne de crowdfunding. Elle montre sa carte… Élégante, classe, et claire, comme elle. Elle s’appelle Clara.

Virginie De Gouveia

Des yeux noirs qui sourient

3 Fév La fête au milieu des baraques dans un bidonville lyonnais

Hier soir, dans une bibliothèque de Villeurbanne, où j’étais venue m’inscrire, deux enfants passent, l’air perdu. En leur faisant signe, une personne de l’accueil leur dit que leur père est dans la voiture.  Ils vivent dans cette voiture, derrière le bâtiment.

Le plus grand campement de Roms de Paris a été évacué ce mercredi 3 février 2016, au matin. À Lyon, les derniers ont été évacués le 12 janvier. Installées depuis parfois cinq ans, les baraques ont été détruites, des familles ont été relogées, d’autres expulsées. À Vaulx-en-Velin, où se trouvait le troisième campement de l’agglomération, des familles pour lesquelles aucune solution n’a été trouvée, vivent toujours dans la rue.« Mais elles forcent le respect avec leur énergie et leur capacité de « survie ». Très peu ont rejoint des squats ou bidonvilles existants… » confie un militant.

À Paris ou ici, les histoires se ressemblent. Des militants qui donnent de leur énergie pour, par exemple, scolariser des enfants, les accompagner, eux et leur famille. Tous y croient. Les enfants d’abord. À chaque fois, les autorités sabotent tout ce travail, toute cette bonne volonté. Les enfants sont déscolarisés. Et les bulldozers passent…

Retour sur ces derniers mois, et ces rencontres. « Cette rencontre » avec ce peuple lumineux qui, en Roumanie (et ailleurs), est victime de discriminations sociales, politiques, et économiques. En France non plus, pas de cadeau. Même pas de trêve hivernale pour eux.

J’étais à Bristol, en Angleterre, dans ma petite chambre aux fenêtres quadrillées, quand j’ai appris la mort de trois personnes roms, dont un enfant, dans un incendie. Parce que dans ce squat lyonnais, l’électricité leur avait été coupée. Ils auraient alors utilisé des bougies. C’était en mai 2013.  Lire la suite